Wednesday, February 23, 2011

Le Slam du Vendeur de Cœurs

Approchez! Approchez!
M'sieurs, dames!
Approchez!
Des cœurs! Des cœurs!
Nous ne vendons que des cœurs,
Rien que des cœurs !
Des cœurs au détail
Et des cœurs en gros !
Cœurs secs, cœurs creux, cœurs lourds,
Cœurs nonchalants et bienheureux,
Cœurs chaleureux,
Cœurs nus, cœurs fourrés,
Cœurs légers, cœurs gros !

Tenez donc ma p'tite dame,
Un beau cœur tout frais
Cueilli ce matin
Dans mon jardin
Un prix ? Un prix !
J'vais vous faire un p'tit prix,
Un prix d'ami
Parce que, ma p'tite dame,
Moi, j'ai le cœur sur la main
Et vous, on le voit,
Un grand appétit.
Attention, M'sieur !
Vous touchez ? Vous achetez.

Approchez! Approchez!
M'sieurs, dames!
Approchez!
Des cœurs! Des cœurs!
Nous ne vendons que des cœurs,
Rien que des cœurs !

Ah, mademoiselle,
Je vois,
Rien qu'à votre sourire charmant,
Vous êtes connaisseur !
Vous les aimez bien frais,
Saignants à point
Ecarlates, vermeils,
Luisants à merveille,
Encore recouverts de rosée.
Mais c'est un cœur de poète,
De compositeur, de musicien
Qu'il vous faut.
Que dis-je ?
C'est un cœur d'artiste :
A prendre ou à laisser,
A pendre ou à accrocher !
Ceux-ci se dévorent
A pleines dents,
A pleine bouche.
Ils fondent sur la langue.
Même crus, ils sont succulents !
Ah ! Les cœurs d'artistes !
Les cœurs d'artistes…

Approchez! Approchez!
M'sieurs, dames!
Approchez!
Des cœurs! Des cœurs!
Nous ne vendons que des cœurs,
Rien que des cœurs !

Sinon nous avons un arrivage
De cœurs d'investisseurs :
Financiers ? Banquiers ? Comptables ?
Cœurs de calculateurs,
De manipulateurs,
Ils se gardent longtemps.
Durs et secs,
On les fait tremper
Un certain temps
(Difficile a déterminer).
Sans saveur,
On doit les faire mijoter
Au moins quatre heures
Au four ou à la cocotte,
Vin rouge, persil, carottes !
Je vous assure
Que ces cœurs
Garderont toute leur fadeur !


Approchez! Approchez!
M'sieurs, dames!
Approchez!
Des cœurs! Des cœurs!
Nous ne vendons que des cœurs,
Rien que des cœurs !

Ou encore nous avons des cœurs
En conserve,
En boîte
Ou en bocaux.
Ils n'ont aucun goût
Non plus,
Mais ils peuvent toujours servir
Lorsqu'il est minuit
Et que vous avez envie
Dans votre ennui
D'un p'tit cœur
Qui demain sera dans l'oubli.
Ah, Mademoiselle,
Vous faites la difficile
Si je puis me permettre
Cette insolence
Venant d'un vieux vendeur de cœurs.

Approchez! Approchez!
M'sieurs, dames!
Approchez!
Des cœurs! Des cœurs!
Nous ne vendons que des cœurs,
Rien que des cœurs !

Je vois.
Il n'y a qu'une explication.
Je le dirai sans hésitation :
Vous donnez plutôt dans le végétal !
La vue de mon étal
Avec toutes ces viandes qui sanguinolent
Ça vous donne mal au cœur.
J'avais raison ?
Ils ne vous tentent pas mes cœurs.
Encore, si j'avais des artichauts…
Suis-je sot ?
J'ai ce qu'il faut :
Oui ! Des abricots !
Treize francs le kilo !
Juteux ! Tendres ! Savoureux !
Vous voila bien contente
Et quelque chose à vous mettre sous la dent.



Approchez! Approchez!
M'sieurs, dames!
Approchez!
Des cœurs! Des cœurs!
Nous ne vendons que des cœurs,
Rien que des cœurs !
Des cœurs au détail
Et des cœurs en gros !
Et, quelquefois,
Des abricots…


Copyright 2010 Alain Millon